DES DÉCHETS ALIMENTAIRES… À LA PRODUCTION DE COMPOST LOCAL
Publié le 23/04/2026
Collecter les déchets alimentaires des particuliers et des professionnels pour les composter localement et les redistribuer aux agriculteurs des environs, c’est l’idée, en apparence simple, qui est à l’origine de la construction d’une plateforme de compostage des déchets alimentaires sur la commune de Saint-Sauves-d’Auvergne. L’installation, unique sur le territoire, a été mise en service en mars et inaugurée ce vendredi 17 avril.
UNE SOLUTION ADAPTÉE À UN CONTEXTE SPÉCIFIQUE
A l’origine du projet, une étude menée dès 2021 sur les communes de La Bourboule, le Mont- Dore et Murat-le-Quaire a permis d’identifier un besoin commun en matière de gestion des biodéchets sur ce secteur bénéficiant d’une importante fréquentation touristique. Comme l’explique Laurent Battut, Président du VALTOM : « Ce projet constitue une solution adaptée à un contexte touristique. En effet, depuis 2024, la loi AGEC* impose le tri des biodéchets pour tous. Cela passe essentiellement sur le territoire par l’accès au compostage, qu’il soit individuel ou collectif. Mais sur certains secteurs touristiques ou dans les centres-bourgs, cette pratique ne représente pas forcément la meilleure solution. Le rôle de la collectivité est alors de chercher une solution alternative, adaptée aux particularités et besoins du territoire.»
C’est dans ce contexte que la construction d‘une plateforme de compostage dédiée aux déchets alimentaires a été lancée. Une première, sur le territoire du Puy-de-Dôme et Nord Haute-Loire, qui comptait déjà deux plateformes de compostage de déchets végétaux. Un projet qui a béneficié de subventions Fonds Verts de l’ADEME.
Appartenant au VALTOM, l’installation est gérée par le SMCTOM Haute-Dordogne, qui assure également la collecte hebdomadaire dans les centres-bourgs des trois communes du secteur, ainsi qu’un deuxième passage en période touristique. Comme l’explique Yves Clamadieu, Président du SMCTOM Haute-Dordogne : «Nous collectons en porte à porte environ 300 t de déchets alimentaires par an auprès de 150 professionnels (hôtels, restaurants…) et une soixantaine de points de collecte destinés aux particuliers. Chaque ménage volontaire est doté d’un bio seau de 7L et de sacs kraft afin de faciliter le tri au domicile. Pour les professionnels, deux volumes de bac sont proposés (25L et 120L) afin de s’adapter au mieux àleur situation, tout en préservant les agents des TMS**. Un QR code placé sur chaque bac permet un suivi des solutions proposées aux particuliers et le respect de la réglementation pour les professionnels.»
Les déchets alimentaires sont ensuite acheminés sur le site des Balusseaux, regroupant déjà la déchèterie, l’installation de stockage des déchets non dangereux ainsi que la plateforme de broyage des déchets végétaux et accueillant désormais la plateforme de compostage des déchets alimentaires.
UN EXEMPLE CONCRET D’ÉCONOMIE CIRCULAIRE
Après chaque tournée, trois agents du SMCTOM Haute-Dordogne sont chargés de réceptionner, sur la plateforme, la centaine de bacs collectés. Un agent assure la manutention bacs, un second réalise leur lavage et désinfection (les bacs seront restitués aux professionnels à la tournée suivante). Une fois le contenu du bac vidé sur le convoyeur (un tapis de 3m de long), le troisième agent effectue un tri manuel afin de retirer les ”indésirables” éventuellement présents (couverts de restauration collective, sacs plastiques…) et ainsi garantir la qualité du compost obtenu.
Les déchets alimentaires sont ensuite broyés, puis mélangés à 50% avec du broyat produit sur la plateforme attenante avec les déchets végétaux issus des déchèteries du territoire. Déversé dans une alvéole, le mélange suit un processus de compostage spécifique et surveillé en direct, 24h/24 grâce à deux sondes thermométriques connectées.
Un processus pilote, comme nous l’expliquent Bertrand Livet, chef de projet biodéchets au VALTOM et Gweltaz Sanceau, maitre-composteur au SMCTOM Haute-Dordogne: « Cette plateforme est un défi technique puisque nous sommes ici sur du compostage de déchets alimentaires, ce qui implique une réglementation plus stricte et des contraintes, en matière d’hygiène notamment, plus rigoureuses que pour du compostage de déchets végétaux (une montée en température à 70° pendant trois jours est par exemple nécessaire pour garantir l’hygiénisation du compost). Ces contraintes nous ont obligé à réfléchir à un équipement et à des process d’exploitation spécifiques (réutilisation des eaux usées de lavage, respect du principe de “marche en avant“…)»
Le compost subit ensuite plusieurs retournements avant d’être transféré dans d’autres cellules pour maturation. Un processus complexe qui dure environ quatre mois, à l’issue desquels le compost obtenu (environ 150 t/an) sera normé et distribué aux agriculteurs locaux.
Une façon concrète de “boucler la boucle” localement, de réduire le volume des poubelles et de mobiliser artisans, agriculteurs, habitants et collectivités autour d’un projet commun.
DES TRAVAUX RÉFLÉCHIS POUR LIMITER L’IMPACT DU CHANTIER
Ce projet se distingue également par sa phase chantier qui a été pensée pour limiter au maximum l’impact des travaux sur le site. Comme nous l’explique Céline Pinaud, responsdu pôle technique au VALTOM, en charge du chantier : « De la renouée était présente sur site. Nous avons travaillé avec le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement (CPIE) Clermont-Dômes, pour établir un plan de gestion de cette plante invasive, intégré dans le cahier des charges des entreprises de travaux, afin d’empêcher sa multiplication. Une attention particulière a également été portée à la préservation de la faune présente sur le site et notamment des lézards des souches, espèce identifiée lors du diagnostic environnemental préalable. Nous avons adapté la période de travaux et des habitats ont été réinstallés aux abords du site afin que cette espèce puisse recoloniser le lieu. »



